Samedi 19 novembre 2005
Âmes littéraires, les poèmes sont tout en bas de l'article...
(La négritude est un courant littéraire rassemblant des écrivains noirs francophones)
 


bassin naturel... entre coraux et sable blanc...

J'ai créé la catégorie Martinique pour vous parler du petit pays d'où je viens…  
 
J'y suis arrivée à l'âge de 18 mois et en suis repartie à 18 ans…
 
J'y a puisé ma force et laissé mes racines, ma maman et une infîme partie de mon infîme famille qui vit toujours là-bas… Ainsi que beaucoup d'amis et surtout beaucoup de souvenirs...
 
Le déracinement fût particulièrement douloureux...
J'en porte encore les marques quelquepart au fond de moi et bien souvent j'ai l'impression de n'appartenir complètement à nulle part...
La chanson qui traduit le mieux l'isolement que j'ai ressenti en débarquant à Paris est
"Châtelet les Halles" de Florent PAGNY.  Elle me fait toujours monter les larmes, me renvoyant exactement à ce que je ressentais quand j'étais en France au début...
"Ici c'est pas tahiti mais c'est toujours mieux que rien (...)
Châtelet, Châtelet les Halles... Station balnéaire, où ya pas la mer... Voir un peu de bleu...
(...) Quand ya plus de repère, Châtelet... La fin du voyage...".
J'étais complètement larguée dans cette énorme métropole froide qui ne me parlait pas, à laquelle je me sentais étrangère, enfermée dans une solitude et dans des rêves de "retour au pays"...
Je n'étais attirée, précisément que par "Châtelet les Halles" où il n'y avait justement pratiquement que des étrangers et souvent des africains qui jouaient des percussions aux sonorités si familières...
C'est bien souvent dans les endroits les plus peuplés que l'on se sent le plus seul...
Mais c'est là le lot de tous les "déracinés", n'est-ce pas ? 
(autres chansons sur le thème : "signé kiko" - d'Etienne DAHO et "Mathématiques souterraines" de Thiéfaine (Pauvre petite fille sans nourrice arrachée au soleil...).

Un ami Togolais m'a dit joliment un jour "Toi tu es noire dedans et blanche dehors"…
J'ai trouvé l'expression très poétique. Je me sens effectivement très imprégnée de cette double culture... La culture antillaise et la culture européenne… L'histoire de l'esclavage me révolte et me passionne. Je me suis construit une âme en couleurs et j'ai conservé une partie de l'indolence et de la naïveté tropicales que j'espère garder encore longtemps…
(Pour en savoir plus sur le sujet de l'esclavage, lire pour commencer "Racines" et "Queen" d'Alex HALEY, c'est passionant !)
 
Rassurez-vous, j'ai apprivoisé depuis le mode de vie d'ici, puisque je suis restée !
 
 
 Martinique - "l'île aux fleurs" ou "l'île des revenants" : Généralités
 
Découverte par Christophe COLOMB, il fût aussi le premier à s'en émouvoir : "c'est la meilleure, la plus douce, la plus égale, la plus charmante contrée qu'il y ait au monde…".
Cher Monsieur COLOMB, je partage votre avis !!!! (soyons chauvins, au diable l'avarice des mots !!!!)
 
Température de la mer : 26 à 28° - Température de l'air : 30°...

Température du "Ti Punch" : 50 à 55° ...
(il y a également du Rhum agricole à 62° mais franchement ça arrache !!!). 
 
 
Le climat est tropical, donc humide et relativement constant. Le soleil se lève vers 5h30 pour se coucher au plus tard vers 18 h 30 toute l'année. La saison des pluies ponctue la régularité du climat, elle dure de juin à octobre, mais il ne pleut pas constamment non plus !!! C'est durant cette période qu'il y a des cyclones ou ouragans, comme dans le sud-est des Etats-Unis.
 
    Géographie
 
La Martinique est une île volcanique située à 7000 km de la France, et fait partie de "l'Arc Antillais" dans la mer des Antilles ou mer des Caraïbes – à l'ouest de l'océan Atlantique, parallèlement au bras ouvert que forme l'Amérique Centrale. Elle est 8 fois plus petite que la Corse, mais très diversifiée par les paysages, les ressources et surtout la variété de la flore et des plages. On y dénombre environ 400 000 habitants. Le Chef-Lieu (capitale) est Fort-de-France. C'est un Département français au même titre que les autres. C'est là qu'habite ma maman, avec vue imprenable sur la baie de F-D-F.
La particularité de Fort-de-France est l'architecture de ses rues, elle sont perpendiculaires, comme à New-York !
 
Trois principales communautés y vivent :
 
Les Martiniquais : descendants des esclaves, population très métissée, dont les nuances de couleur vont du chocolat à la vanille en passant par toutes les nuances du caramel… Plutôt sympatique !!!
 
Les Békés : descendants des premiers colons (1492…), c'est à dire les planteurs qui "employaient" précisément la main d'œuvre noire d'abord importée du continent africain puis leur descendance.
 
Les Métros (métropolitains ou z'oreilles) : Nous : Ceux qui viennent de France, la métropole, et qui sont de passage ou y vivent depuis quelques générations seulement, voire s'y sont installés fraîchement. (on les appelait les z'oreilles parce qu'ils tendaient l'oreille pour essayer de comprendre le créole - je le comprends mais ne le parle plus... j'ai perdu l'accent !!!)
 
Avant l'arrivée de ces trois types de population vivaient une population aux caractéristiques "indiennes" type amérindiens : les Arawaks et les Caraïbes. Ils furent exterminés lors de la colonisation…
 
Martinique, Terre de Contrastes et Palette de Couleurs
 
LE NORD = Reliefs accidentés, humide et très vert. On y trouve la Montagne Pelée dont la dernière éruption en 1902 a été l'une des plus grandes catastrophes du 20é siècle.
Dans le Nord les plages sont de sable noir (plages volcaniques), le sable est aussi fin que le sable blanc mais il a un reflet acier en plein soleil… Par contre, impossible d'y marcher pieds nus quand le soleil est au zénith !!!

 
La Montagne Pelée... 1397m. - Un coin idéal pour les randonneurs...

 

 LE SUD = Paysages plutôt plats, plages de sable fin blanc ou sable de coquillages blanc-rose, climat plutôt sec. 


Plage du Cap Chevalier... Plein Sud !!!  J'veux y aller tout de suite !!!


Ce contraste est une bénédiction pour les touristes. Bien souvent les personnes ayant du mal à supporter la chaleur du sud vont se rafraîchir dans les fontaines et cascades naturelles du Nord.
 
Les principales ressources naturelles de l'île sont : la canne à sucre, qui donne le rhum et aussi le sucre, les fruits (banane, ananas, etc…), légumes, le poisson, les crustacés, etc… Je ne souhaite pas faire ici un cours de géographie, il y a bien d'autres sites pour cela....
Je vous fais donc une présentation grossière de l'île, et surtout je vous en parle telle que je la vois... J'espère par là même vous donner envie de la découvrir vous même… Je vous donnerai par contre dans d'autres articles les bons tuyaux à connaître, les sports que l'on peut y pratiquer, etc...
 
Malgré tout, à l'instar des magazines et des stéréotypes de paradis terrestres, il faut redescendre sur terre, s'éloigner un peu des vues réductrices issues des clichés touristiques, et savoir que la vie est très chère en Martinique (presque tout est importé !).
 
En outre, Les tensions politiques entre les diverses communautés sont assez vives, aller en Martinique c'est aller à la rencontre d'une culture, d'un peuple déraciné qui cherche toujours ses marques… Pour beaucoup d'antillais, l'Afrique est un mythe : l'enfant antillais orphelin de sa "mère Afrique" est marqué au fer rouge (dans tous les sens du terme) par son passé douloureux… (cf la plupart des textes de Bob MARLEY, Jamaïcain et donc antillais aussi par sa mère).
 
Sous des airs bon-enfant, le climat général de l'île est à regarder de plus près pour pouvoir le comprendre…
 
Ceci étant, le contraste est saisissant entre les joyeux bruits de klaxon qui n'arrêtent pas du matin au soir, les embouteillages, le chant du coq à 5h du matin … et la beauté des paysages, des femmes (très coquettes !) et la douceur de l'air… à vous de vous faire votre idée !!!
  

 


le marché de Fort-de-France
 

A suivre : la recette de l'incontournable ti-punch, des recettes savoureuses, les endroits à voir...
A SUIVRE................                                                                                         


En bonus, trois superbes poèmes que j'ai appris à l'école : 

 

 

  "L’île lointaine" - Daniel THALY
(Thaly était blanc mais martiniquais)

Je suis né dans une île amoureuse du vent
Où l'air à des odeurs de sucre et de vanille
Et que berce au soleil du tropique mouvant
Les flots tièdes et bleus de la mer des Antilles

Sous les brises au chant des arbres familiers
J'ai vu les horizons où planent les frégates
Et respirer l'encens sauvage des halliers
Dans ses forêts pleines de fleurs et d'aromates

Cent fois je suis monté sur ses mornes en feu
Pour voir à l'infini la mer splendide et nue
Ainsi qu'un grand désert mouvant de sable bleu
Border la perspective immense de la vue

A l'heure où sur les pics s'allument les boucans
Un hibou miaulait au coeur de la montagne
Et j'écoutais pensif au pied des noirs volcans
L'oiseau que la chanson de la nuit accompagne

Contre ses souvenirs en vain je me défends
Je me souviens des airs que les femmes créoles
Disent au crépuscule à leurs petits enfants
Car ma mère autrefois m'en appris les paroles

Et c'est pourquoi toujours mes rêves reviendront
Vers ses plages en feu ceintes de coquillages
Vers les arbres heureux qui parfument ses monts
Dans les balancement des fleurs et des feuillages

Et c'est pourquoi du temps des hivers lamentables
Où des orgues jouaient au fond des vieilles cours
Dans les jardins de France où meurent les érables
J’ai chanté ses forêts qui verdissent toujours

Ô charme d'évoquer sous le ciel de Paris
Le souvenir pieux d'une enfance sereine
Et dans un Luxembourg aux parterres flétris
De respirer l'odeur d'une Antille lointaine 

Ô charme d'aborder en rêve au sol natal
Où pleure la chanson des longs filaos tristes
Et de revoir au fond du soir occidental
Flotter la lune rose au faîte des palmistes !


"Prière d'un petit enfant nègre" de Guy Tirolien
 

Seigneur
je suis très fatigué
je suis né fatigué
et j'ai beaucoup marché depuis le chant du coq
et le morne est bien haut qui mène à leur école
Seigneur je ne veux plus aller à leur école ,
faites je vous en prie que je n'y aille plus
Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
où glissent les esprits que l'aube vient chasser
Je veux aller pieds nus par les sentiers brûlés
qui longent vers midi les mares assoiffées
je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers
je veux me réveiller
lorsque là bas mugit la sirène des blancs
et que l'usine
ancrée sur l'océan des cannes
vomit dans la campagne son équipage nègre
Seigneur je ne veux plus aller à leur école
faites je vous en prie que je n'y aille plus
Ils racontent qu 'il faut qu'un petit nègre y aille
pour qu'il devienne pareil
aux messieurs de la ville
aux messieurs comme il faut;
Mais moi je ne veux pas
devenir comme ils disent
un monsieur de la ville
un monsieur comme il faut
Je préfère flâner le long des sucreries
où sont les sacs repus
que gonfle un sucre brun
autant que ma peau brune
Je préfère
vers l'heure où la lune amoureuse
parle bas à l'oreille
des cocotiers penchés
écouter ce que dit
dans la nuit
la voix cassée d'un vieux qui raconte en fumant
les histoires de Zamba
et de compère Lapin
et bien d'autres choses encore
qui ne sont pas dans leur livre .
Les nègres vous le savez n'ont que trop travaillé
pourquoi faut il de plus
apprendre dans des livres
qui nous parlent de choses
qui ne sont point d'ici .
Et puis
elle est vraiment trop triste leur école
triste comme
ces messieurs de la ville
ces messieurs comme il faut
qui ne savent plus danser le soir au clair de lune
qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds
qui ne savent plus conter de contes aux veillées
Seigneur je ne veux plus aller à leur école.
 


    Extrait de "Pigments" de Léon Gontran Damas

    J'ai l'impression d'être ridicule

      dans leurs souliers
      dans leurs smoking. . . .
      dans leur faux col
      dans leur monocle. . . .
       
      J'ai l'impression d'être ridicule
            avec mes orteils qui ne sont pas faits
            pour transpirer du matin
            jusqu'au soir qui déshabille
            avec l'emmaillotage qui m'affaiblit les membres
            et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe


      Aux âmes littéraires, Si vous aimez les poèmes de la "Négritude" (La négritude est un courant littéraire rassemblant des écrivains noirs francophones), sachez qu'il y en a de superbes, notamment d'Aimé Césaire, Léopold Sedar Senghor...

      Je remercie Monsieur MERCIER, Professeur de lettres en classe de première, pour nous avoir initiés à toutes ces oeuvres peu connues en France...

         A découvrir...     

       

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